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2005/02/25
Comment mieux gérer nos milieux humides ? 
De nombreux enjeux importants touchent la gestion environnementale du territoire québécois. Pourquoi donc s'attarder à la gestion des milieux humides? Après tout, ceux-ci ne couvrent que 10% du territoire de la Vallée du Saint-Laurent et occupent de surcroît des zones difficilement développables. Pourtant, les milieux humides du Sud du Québec sont présentement au centre d'un grand débat de société opposant les groupes environnementalistes, les municipalités et les développeurs immobiliers. Le Québec nage en pleine eau trouble dans sa gestion des milieux humides. Cet article vous aidera à y voir plus clair.

Les milieux humides couvrent 14% du territoire canadien (1 270 000km2), soit 25% de tous les milieux humides de la planète! Le Québec ne fait pas exception à la règle, la proportion du territoire occupée par des milieux humides étant de 10%. La très grande majorité de ces habitats se concentrent toutefois dans le Nord québécois. Ceux qui ont visité la Basse Côte Nord le savent bien. Pour le plus grand plaisir des yeux, des tourbières s'étendent à perte de vue le long de la route 138 entre Sept-Îles et Havre Saint-Pierre. Le portrait est cependant tout autre au Sud du Québec, plus particulièrement dans la vallée du Saint-Laurent. Peu de milieux humides subsistent encore dans cette portion du territoire québécois. Les conditions écologiques nécessaires a la création de tels écosystèmes y sont pourtant favorables. Les sols argileux de la vallée du Saint-Laurent sont en général mal drainés et mal oxygénés, deux conditions essentielles à la formation des milieux humides. Il y a à peine 100 ans, les rives Sud et Nord de la région montréalaise regorgeaient de marais, de marécages et de tourbières. Ce portrait a drastiquement changé depuis.

Les deux principales causes de ce changement sont l'industrialisation de l'agriculture et l'urbanisation des territoires situés hors de l'Île de Montréal. Plusieurs milieux humides ont ainsi été convertis en terres agricoles avec l'avènement des techniques modernes de drainage, d'autres ont été remblayés et convertis en cartiers résidentiels, commerciaux ou industriels. Plus de 80% des milieux humides ont été détruits dans la grande région de Montréal depuis le début de la colonisation.

Les milieux humides jouent pourtant un rôle primordial dans la santé des écosystèmes et des hommes. Les avantages liés à leur conservation sont si nombreux qu'il est impossible de les mentionner tous. Voici les principaux :
  • Ce sont de gros reins pour l'environnement. Les milieux humides filtrent l'eau et la débarrassent de ses particules en suspension et de ses bactéries nocives pour la santé humaine.
  • Ils agissent comme de gigantesques éponges. Les milieux humides sont capables d'emmagasiner d'énorme quantité d'eau, diminuant ainsi d'autant les risques d'inondations.
  • Ils sont d'excellentes pompes à CO2. Emmagasinant de grande quantité de CO2, les milieux humides contribuent à atténuer les changements climatiques;
  • Ils sont essentiels à la survie d'une faune très diversifié. Au Québec seulement, 271 des 638 espèces de vertébrés dépendent des milieux humides pour trouver de la nourriture, un abri ou pour se reproduire;
  • Ils sont les hôtes d'une impressionnante productivité biologique. Couvrant seulement 6% de la surface terrestre, les milieux humides comptent pour 24% de la productivité biologique (quantité de matière organique produit par un écosystème pour un temps X).

Ces statistiques sont éloquentes et lèvent tout doute sur la pertinence de conserver les milieux humides du Sud du Québec. Mais dans les faits, comment y arriver?

Au Québec, la Loi sur la qualité de l'environnement stipule que nul ne peut porter atteinte à un milieu humide sans, au préalable, avoir obtenu une autorisation du ministre de l'Environnement. Dans un même ordre d'idées, la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables prescrit aux propriétaires et aux gestionnaires de ces territoires des normes particulières de protection qui garantissent la sauvegarde des milieux humides. Ces milieux sont donc protégés par une loi et encadrés par une politique. Cet encadrement légal n'est toutefois pas suffisant. Les municipalités, les développeurs immobiliers et les agriculteurs doivent également prendre conscience de l'importance de cet enjeux .

Toutes municipalités, les petites comme les grandes, devraient dans un premier temps se doter d'une étude portant sur la caractérisation et la gestion de leurs milieux humides. Une municipalité peut grâce à cette étude savoir où sont les limites des milieux humides se trouvant sur son territoire, quelle est leur importance écologique, quelles sont les conséquences liées à leur destruction et comment mieux les conserver et les gérer. À la lumière des résultats de l'étude, une municipalité peut intégrer la gestion des milieux humides (et des autres milieux naturels si ce n'est pas déjà fait) dans son plan d'urbanisme. Des zones de conservation exclusives devraient ainsi être créées, de même que des zones ou les milieux humides sont dûment intégrés aux nouveaux développements domiciliaires. Finalement, les inspecteurs municipaux devraient être correctement formés à identifier et à délimiter les milieux humides de leur territoire.

De leur côté, les développeurs domiciliaires devraient adopter deux réflexes qui leur permettraient d'éviter bien des soucis légaux et financiers. Une inspection des lieux devrait premièrement être faite avant que le terrain convoité ne soit acheté afin de s'assurer qu'aucun milieu humide ou écosystème rare ne s'y trouve. Encore plus en amont, les courtiers en valeurs immobilières et les notaires, ceux-là même qui sont responsables de l'achat et de la vente de terrains, devraient intégrer à leur processus de transaction une évaluation de la valeur écologique des lots. Le Ministère de l'Environnement québécois a récemment resserré la vis et émet très peu de certificats autorisant la destruction de milieux humides ou d'écosystèmes rares. Un développeur immobilier décidant de développer un terrain où se trouve de tels milieux se doit désormait de les intégrer à sont plan d'aménagement. Plusieurs méthodes d'aménagement du territoire sont à leur disposition pour intégrer conservation des écosystèmes et développement domiciliaire. Dans les faits, la présence de milieux naturels à l'intérieur d'une ceinture urbaine ne peut qu'accroître la valeur monétaire des terres qui l'entourent.

Les agriculteurs aussi doivent faire partie de la solution au problème de destruction des milieux humides. Cette recherche de solution ne doit toutefois pas être faite au détriment de la sécurité économique des agriculteurs. Un fait demeure: les agriculteurs sont les plus grands propriétaires terriens du Sud du Québec. La grande majorité des milieux humides situés en terres agricoles ont déjà été drainés et transformés en champs de culture. Il en reste encore qui sont bien préservés, le plus souvent des tourbières sur des terres marginales. C'est le cas entre autre de la tourbière de Saint-Anicet dans le Haut-St-Laurent. Les derniers milieux humides du Sud québécois doivent à tout prix être conservés. Un prix acceptable devrait être offert par les gouvernements et les organismes de conservation (ex. Nature Conservation Canada, Canard Illimité, Fondation de la Faune du Québec, etc.) aux agriculteurs propriétaires pour l'achat de ces terrains, si précieux pour la nature et pour l'homme.

Aucune des solutions proposées dans cet article n'est difficile d'application. L'inspection permettant de localiser et de caractériser les milieux humides n'est pas coûteuse (moins de 1000$ pour un terrain 10 ha), et le coût de réalisation d'une étude de caractérisation et de gestion des milieux humides peut facilement être absorbé dans le budget annuel d'une petite municipalité. Les superficies couvertes par des milieux humides en terres agricoles sont restreintes et pourraient être acquises par les gouvernements ou les organismes de conservation. Ce qui est sans contredit le plus grand défi des prochaines années, c'est le changement des mentalités et des façons traditionnelles de développer de nouvelles terres. Cet article est un moyen parmi d'autre de faire avancer ce dossier. À vous de trouver le votre.

Par Hugo Thibaudeau Robitaille, biologiste, M.Sc.Env., Président de Acterre






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